Non la France ne va pas si mal …

Je vous largue gratuitement un obus de Jacques Marseille que j’ai trouvé très intéressant :

La pauvreté dans l’abondance
par Jacques Marseille

56 % des Français pensent qu’ils pourraient devenir un jour SDF. Tel est le sinistre pourcentage établi par l’institut de sondages CSA en novembre 2009 pour l’association Emmaüs. Ils sont 70 % des 30-49 ans et 75 % des 40-49 ans à le redouter. 85 % disent aussi que leurs enfants risquent de connaître une situation qui les placerait un jour au-dessous du seuil de pauvreté, selon un sondage réalisé en 2008 pour le Secours populaire français.

Dans le même temps, le patrimoine des ménages français n’a jamais été aussi élevé, même si l’année 2008 a marqué pour la première fois depuis trente ans une baisse de 3 % de son montant. Net de dettes, il s’élève à près de 10 000 milliards d’euros, soit environ 380 000 euros par ménage, contre à peine 160 000 euros en 1997, d’après une étude du Conseil des prélèvements obligatoires. 58 % des ménages sont ainsi propriétaires de leur logement, contre 47 % en 1978, et 12 millions de Français ont des actions ou des obligations, détenues en direct ou via des fonds communs de placement, contre 1 million en 1978 ! Détenant un patrimoine équivalant à plus de sept années de revenu disponible, les Français sont ainsi devenus l’un des peuples les plus riches au monde ! Des Français qui affichent aussi un taux d’épargne parmi les plus élevés des pays de l’OCDE avec près de 17 % du revenu, 11 % de plus que les ménages américains ou britanniques, 7 % de plus que les ménages allemands. Dans les neuf premiers mois de l’année 2009, ils ont même placé plus de 103 milliards d’euros sur des contrats d’assurance-vie, soit à peu près le montant du déficit du budget de l’Etat pour la même période.

Cet accroissement des richesses ne s’est pas accompagné d’un renforcement des inégalités. En 1992 comme en 2008, la part du patrimoine détenu par les 10 % des ménages les plus riches est restée la même. Surtout, ce pourcentage classe la France au rang des pays les moins inégalitaires. En Allemagne, en effet, le pourcentage du patrimoine des ménages détenu par les 10 % les plus riches est de 54 %. « Il est de 42 % en Italie, de 71 % aux Etats-Unis, de 45 % au Royaume-Uni, de 53 % au Canada, de 58 % en Suède et de… 38 % en France. Enfin, si l’on prend en compte le pourcentage de la population vivant au-dessous du seuil de pauvreté, soit 60 % du revenu médian, il est de 12 % en France, contre une moyenne de 17 % pour les pays de l’Union européenne – 13 % en Finlande, 12 % au Danemark, 11 % en Suède, mais 15 % en Allemagne, 19 % au Royaume-Uni et en Italie, 20 % en Espagne. Mieux encore, au terme d’une enquête menée auprès de 6 200 immigrés de toutes nationalités âgés de 45 à 70 ans, Claudine Attias-Donfut, directrice de recherche à la Caisse nationale d’assurance-vieillesse, bat elle aussi en brèche un certain nombre d’idées reçues en montrant que les enfants d’immigrés réussissent bien à l’école, comparativement au reste de la population. Dans les catégories sociales les plus défavorisées, ils réussissent même mieux que ceux des autochtones, la migration jouant le rôle d’aiguillon. Autant de statistiques et d’enquêtes qui dessinent l’image d’une France riche, moins inégalitaire que ses principaux voisins et où la pauvreté et les discriminations sont moins fortes qu’on le prétend. Statistiques qui posent aussi la question apparemment incompréhensible de savoir pourquoi, alors, les Français sont si anxieux et si inquiets pour leur avenir et celui de leurs enfants…

La France est globalement riche, la pauvreté y est relativement faible mais elle est concentrée dans des ghettos qui sont devenus le cancer de la République. En fait, pourrait-on dire paradoxalement, moins il y a de pauvres, plus se renforce la logique de la ghettoïsation. Le constat découle du rapport annuel de l’Observatoire national des zones urbaines sensibles, rendu public le 30 novembre. Depuis qu’il a été créé, en 2003, rien n’a vraiment changé dans les 405 ghettos urbains des banlieues françaises qui rassemblent 4,5 millions d’habitants. Le taux de chômage des hommes de 15 à 24 ans atteint 41,7 %. Près d’un tiers des habitants vivent au-dessous du seuil de pauvreté, contre 12 % pour le reste du pays, et les résultats scolaires des enfants sont très au-dessous de la moyenne nationale. Un constat qui invite à repenser en profondeur les politiques sociales en la matière. Faire progresser la mixité en développant les logements sociaux ou les aides personnalisées au logement n’a jamais atteint les causes intimes de la ségrégation d’une société hantée par la peur du déclassement. En fait, c’est aux individus qu’il faut s’intéresser plutôt qu’aux territoires. C’est en concentrant l’ensemble des moyens sur les jeunes les plus démunis et non en les dispersant sur un trop grand nombre de bénéficiaires ou de territoires qu’on parviendra peut-être, comme le montrent les expériences réussies ailleurs, à corriger les injustices les plus criantes. Finalement, c’est en martelant le fait que les pauvres en France sont relativement peu nombreux qu’on arrivera sans doute le mieux à désamorcer l’extraordinaire anxiété qui traverse la société française.

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