Madoff : hold-up de 50 milliards de dollars (loool) [source : Libé]

L’affaire Madoff, arnaque historique de 50 milliards de dollars, va bien au-delà des fortunes de Palm Beach. Elle a piégé l’épargnant lambda en France. Une nouvelle que les autorités publiques se sont empressées de minimiser. «Les dommages sont limités et ne concernent pas le grand public», assure Christine Lagarde, ministre de l’Economie. Les victimes seraient, ajoute Jean-Pierre Jouyet, nouveau président de l’Autorité des marchés financiers (AMF), «des investisseurs avisés, professionnels qui disposent de fortunes importantes». Le nuage Madoff se serait arrêté au seuil des petites bourses ? Pas si simple.

Qui est vraiment concerné ?

Après avoir assuré qu’aucune banque, en France, n’aurait développé des Sicav ou des FCP (fonds commun de placements) investi dans le fonds Madoff, l’AMF a corrigé le tir : «8 % des quelque 500 millions de pertes possibles sur les fonds français [Sicav ou FCP, ndlr] toucheraient le grand public.» La facture va-t-elle vraiment se limiter à 40 millions d’euros ? Il faut savoir qu’un ménage sur quatre en France détient des valeurs mobilières (actions, Sicav ou fonds commun de placement…). Elles sont logées sur un compte-titre ou sur un plan d’épargne en actions (PEA, 7 millions de titulaires). Dans les seules Sicav et FCP, les ménages ont glissé 169 milliards d’euros.

Le désastre des subprimes, et la contamination à toute la sphère financière, a mis à jour une chaîne complexe et baignée d’opacité. Idem pour la fraude Madoff. Colette Neuville, la présidente de l’Adam (Association de défense des actionnaires minoritaires), évoque à propos des Sicav et des FCP un mécanisme de «poupées russes» : «On ne sait rien tant qu’on n’a pas ouvert toutes les boîtes.» La société de gestion qui pilote la Sicav y loge d’autres Sicav, elle-même investies en Sicav… Voilà pourquoi, dans une Sicav, il peut n’y avoir aucun actif étiqueté Madoff. Alors qu’elle en contient.

Comment le piège a fonctionné ?

Encore difficile à décrypter : l’histoire est peuplée d’interrogations. Ce que l’on sait, c’est qu’on retrouve, dans les Sicav et les FCP français, des doses fortes ou homéopathiques de deux fonds bourrés d’actifs Madoff : le luxembourgeois Lux Alpha et l’irlandais Thema Fund International. Avait-on de bonnes raisons de se méfier ? «Un rendement élevé, pointe Colette Neuville, est toujours la marque d’un risque.» Mais encore ? Chez Deminor, autre défenseur des petits investisseurs, Fabrice Rémond rappelle que deux méga-banques pilotent ces fonds : la suisse UBS (47 milliards de dollars de dépréciations d’actifs en un an) et la britannique HSBC (plutôt épargnée par les subprimes). Les noms des cabinets d’audits Pricewaterhouse Coopers et de Ernst & Young sont également évoqués par Deminor. Comment ont-ils pu se faire abuser ? Benoît Debrossia, analyste chez KBL Richelieu, avance une explication : «Lorsque je m’informe sur une société et que je lis le rapport d’audit, ce rapport cite d’autres audits qui eux-mêmes se réfèrent à d’autres audits et ainsi de suite.» Ces auditeurs des fonds Madoff ont «une lourde responsabilité», dit néanmoins Fabrice Rémond. Colette Neuville, elle, s’interroge : «Que s’est-il passé le 17 novembre, quand UBS s’est dessaisie de la gestion de Lux Alpha», confiée finalement à une société de conseil luxembourgeoise. Autre mystère : où sont passés les1,5 milliards de dollars en bons du trésor de Lux Alpha ? On aurait dû les retrouver chez UBS, dépositaire du fonds. On ne les repère nulle part : ni à Lux Alpha ni dans les sociétés américaines de Madoff. Volatilisés ?

Comment limiter les dégâts ?

L’AMF tourne autour du pot. Mardi, elle dispensait, à coups de paraphrases, un certain nombre de conseils aux sociétés de gestions. En gros : ouvrez les boîtes des Sicav et des FCP et voyez si l’exposition aux fonds Madoff dépasse 5 %. Auquel cas, gelez les entrées-sorties (achat ou revente) pour ne pas avantager les plus rapides à liquider leur placement. Et prévenez ensuite les clients. Banques et conseillers en patrimoine ont une obligation : évaluer si l’épargnant est du genre novice ou averti. Tous les clients ont ainsi reçu fin 2007 un questionnaire de leur banque définissant leur profil. Traduction : un client non averti à qui le conseiller de la banque place une Sicav ou un FCP pourri du fonds Madoff pourra se retourner contre son établissement. A l’Association de défense des actionnaires minoritaires, on conseille de surveiller la valeur liquidative de ses Sicav ou de ses FCP. Et d’interroger sa banque en cas de décote brutale, tout en réservant ses droits. Colette Neuville ajoute : «L’argument du genre : « On ne pouvait pas savoir que Madoff était un escroc » est irrecevable.»

source : libé

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