Exégèse de B2O

La critique est facile mais l'art est difficile, il faut rendre à césar ce qui est à césar et à booba ce qui est à booba. Critique du style de booba par 11 plumes du forum de Rap2k.com ... Très intéressant, en attendant la mienne =)

La critique est facile mais l’art est difficile, il faut rendre à césar ce qui est à césar et à booba ce qui est à booba. Critique du style de booba par 11 plumes du forum de Rap2k.com … Très intéressant, en attendant la mienne =)

Inclassable, on a tendance à sous estimer l’ourson, certains sur ce forum le traitent de bidon, de rappeur de merde pour skyrock, alors qu’ils n’ont même pas fait l’effort de réfléchir deux secondes sur les rimes de Booba. Alors je vais leur mâcher le travail, pour leur montrer « de quoi il est capable ».

Du rap impressionnisme. Je ne sais pas de qui est la formule, mais elle est bien trouvée : c’est exactement çà. Une des raisons pour lesquelles booba peut être si sous estimé, c’est parce qu’aucun de ces morceaux ne développent un thème précis en particulier, à tel point qu’on dira souvent que c’est un rapper sans thème. Faux. Booba a des thèmes de prédilection, mais il les découpe en plusieurs morceaux, les mélange en un tout, qui forme un album. C’est à l’auditeur par la suite de reconstituer le puzzle, et de se dire à chaque rime : « il en a déjà parlé, cette rime m’en rappelle une autre. » Je ne citerais pas d’exemple précis ici, il suffit de lire les paragraphes suivants pour remarquer ce jeu d’appel de rime.

Il en résulte des phrases juxtaposées qui n’ont parfois rien à voir les unes avec les autres lorsqu’on se borne à vouloir les relier sur le moment, mais qui s’imbriquent les unes dans les autres si l’on prend un peu de hauteur : comme un tableau impressionniste, les morceaux de booba sont à comprendre dans leur ensemble : plus on s’éloigne du tableau plus il devient clair, plus on s’en rapproche et plus on perçoit ce tableau sous forme de petites touches : chez booba, les petites touches qui constituent les morceaux sont des punchlines, des punchlines et encore des punchlines.

Le don des images
C’est la que booba fait la différence avec les autres : c’est sa capacité sidérante à trouver des images marquantes qui s’impriment sur la rétine en une seconde et qui nous font comprendre ce qu’il veut dire. La liste est longue et non exhaustive, je ne vais pas les citer ici il suffit d’écouter toute sa discographie. Booba a la capacité d’exprimer en une phrase ce que dira un rappeur « normal » en un couplet (« ma première parole sera ma dernière, repose en paix » : en 6 mots, booba explique que son discours restera le même quoi qu’il arrive et il parvient en même temps à ajouter une allusion à une des phrases qu’il affectionne « les premiers seront les derniers »). Il semble avoir parfaitement compris que 3 minutes 30, c’est extrêmement peu pour exprimer tout ce que l’on a à dire, et qu’il ne faut du coup pas tourner autour du pot : Enfance insalubre, comme un foetus avec un calibre. Pas le temps d’expliciter pourquoi l’enfance est insalubre, booba envoie une image direct dans le nerf optique, un foetus, un calibre, le tout sur un jeun de sonorité (n’oublions pas que tout cela est rappé).

Un très bon exemple de ce rap ? impressionnisme fondé sur la puissance des images, c’est une rime de « garde la pêche » : « je suis meilleur que Molière, tatoué sans muselière » En 8 mots, booba mélange 3 thèmes tout en signant une superbe assonance (meilleur Molière muselière).
Etre meilleur que Molière, c’est un hyperbole pour mettre en lumière son talent, tout en s’attaquant à une figure emblématique de la littérature française : Oserai t-il mettre le rap sur le même plan que les comédies de Molière ? Le tatouage, c’est l’appartenance à son milieu, voire une référence à l’esclavage de ses ancêtres (thème récurent chez l’ourson). Comprenez donc : je suis meilleur que Molière et pourtant je suis de ceux qui sont tatoués (Une marque d’infériorité par rapport aux amateurs de Molière visés ici). Enfin, Booba se compare à un chien par la métonymie de la muselière : mais un chien dangereux, qui n’a pas de muselière, qui est donc mal encadré, imprévisible, et par-dessus tout hors la loi ( oui oui un rott sans muselière c’est illégal en lieu public). Avouez que dire tout çà en 8 mots, c’est quand même une performance.

La jeunesse des banlieuesThème ultra classique, les rappeurs sont modestes : ils parlent que de ce qu’ils connaissent.
Sur ce point, booba est assez pessimiste évidemment, mais il parvient à trouver un juste milieu entre « c est la merde dans la banlieue au secours » et « la banlieue c’est chez moi, viens pas si tu veux pas t’prendre de balles ». Alors, les jeunes des banlieues ? « Une clique de barbares on va tous y passer ». Conscient, presque impuissant, Booba retranscrit l’univers oppressant de la banlieue à travers de nombreuses images : « le ciel joue à cache cache, le destin se fait vieux, couleur ébène » Phrase qui rappelle : « lunatic au microphone c’est l’Amazonie, si tu kiff pas. » Le monde que décrit booba est comme l’Amazonie où les arbres sont si hauts qu’on y voit plus le ciel. Pour matérialiser l’agressivité de la banlieue, booba ne peut qu’utiliser l’arme a feu : « Boulogne dôme de la boucherie, Sans ratures »« on sert la main à des canons sciés » « tous les blocks ont leurs glocks sous les doudounes, temps mort » Toujours la force de l’image, ici une sorte de branle bas de combat, où tout le monde est près, l’arme à la main. La conscience de la situation, booba l’a depuis ses débuts : « M’parle plus d’école, je sais qu’les refrés déconnent
Préférèrent fumer d’l’herbe et emmerder la B.R.B
, Le crime paie » Fumer de l’herbe : une manière de tuer le temps : la banlieue de booba semble attendre, se chercher une occupation et finalement être complètement inutile : «6 ils se lèvent le matin mais juste pour pisser ; pas le temps pour les regrets » « le crime ça occupe , la lettre» « fume du hash pour mourir, fume du hash pour guérir, couleur ébène ». L’homme décrit ici cherche désespérément à s’en sortir, et guérir ici en l’occurrence c’est mourir? La drogue omniprésente dans le monde de booba ( et du rap en général, je n’ai jamais dis que le thème était original, c’est la manière de le traiter qui l’est.) Qu’elle soit désirée ou non (« il a beaucoup neigé, des flocons de coke sur le duffel coat , Sans Rature » « pour écrire la drogue m’est essentielle ») peut avoir des effets (relativement) positifs : « si j’hésites c’est qu’une boulette bloque l’automatique » Que dire sinon qu’on nous fait le tableau d’une jeunesse perdue et manipulable (« j’ai demandé ma route au mur il m’a dit d’aller tout droit »)désoeuvrée noyée dans l’alcool et la drogue (« je perds mon temps avec des pite sneck,noyé dans du sky sec a goûter les variétés d’shit »)? jeunesse qui se veut menaçante mais plus par fierté que par méchanceté brute (« on dit que la vie des jeunes de rue et dure mais qui tu blâmes ? Ou est le drame j’ai pas besoin de tes larmes ») (« qui veut la paix prépare la guerre je te le rappelle, destinée ». Et puis c’est la lassitude, l’indifférence qui triomphe : « Tous fatigués de racailler, tu comprendrais si t’y été, têtes brûlées » « On est les plus divisé du monde »
« Dans les villes du 9zedou face à face que des regards froids il n’y a pas de yeux doux » Pourquoi ? Parce que ici « seul le crime paie » ce n’est pas une apologie du crime c’est plus un constat, une résignation : prendre le système comme il est et tout faire pour s’en sortir. Vivre en tant que jeune de la banlieue pour booba c’est comme « pousser comme une ortie parmi les roses et ils sont trop alors j’appelle mes khos les ronces, ma définition) Accepter sa situation et y remédier. Booba connaît tous les dangers de la rue : « la rue t’élève et te tue, ma définition » mais la rue a un pouvoir d’attraction qu’on ne peut éviter : « la rue te fascine la rue te calcine ». Booba parle t’il d’un destin inévitable ? Réponse, en images : Comment ne pas être un pitt bull quand la vie est une chienne ?
L’argent
Pour s’en sortir, il n’y a qu’une solution : faire de l’argent. L’argent devient la fin de tout, et le rap n’est alors plus qu’un moyen. Booba a depuis toujours clamé qu’il rappait pour l’argent. « Je sais faire que çà » dit il. « J’avais jamais rêvé devenir un MC, Tony Coulibaly». En effet taffer pour le SMIC, çà ne l’intéressait pas : « et puis c’est relou de s’épuiser pour rien j’ai pas que ça à faire, Homme de l’ombre »On lui a beaucoup reproché d’ailleurs, de ne pas considérer le rap comme de l’art « ton rap c’est de l’art moi je suis pas un artiste, B.O). « Achète mes disques sinon je vais devoir y retourner »
Alors qu’a ces débuts il semblait vouloir garder un peu d’honneur dans sa musique ( « j’suis condamné à percer sans donner mes fesses et Si ça marche cool Sinon nique sa mère J’rapperai que pour mes frères. Je roulerais pas en lexus fils je peux rien y faire Je serai pas connu des bourgeois Ils verseront pas de cash pour moi, les vrais savent », booba crève l’abcès par la suite : « La richesse est dans nos coeurs ? Mon cul, moi je veux de l’oseil, pour en obtenir parfois c’est l’hécatombe, Pitt bull » Et puis booba va vendre des disques, gagner de l’argent, ce qui était devenu sa seule priorité (« j’m’en fous tant que j’ai du cash money , hommes de l’ombre» et puis il va finir par l’exposer : ultime revanche, plaisir de se vanter, de montrer qu’on a réussi : « j’ai le prix d’un Clio autour du poignet? des milliers d’euros ma rémunération? Un jour de mon salaire c’est leur assurance vie ». Considérer que les textes de booba sont vides juste parce qu’actuellement il se vante de sa rémunération, c’est un peu rapide et idiot. Cà n’a pas toujours été le cas, c’est le résultat d’un long processus ou booba a jonglé avec ses priorités : il vient enfin d’atteindre ses objectifs et c’est presque logique que la satisfaction d’avoir gagné de l’argent se retrouve dans ses textes. Apres avoir bavé devant l’argent des autres (« je vois trop de tunes alors je me sers, le silence n’est pas un oubli») , il prend une sorte de revanche? Son discours sur l’argent va certainement mûrir avec le temps, et puis comme il le dit si bien : « je laisserais tout en pourboire au corbillard »

Sa définition
Un faux départ une victoire laisse moi faire mon apologie?Le thème le plus récurent chez l’ourson, c’est? lui-même?100% égo-trip, booba s’est défini à plusieurs reprises à travers différents thèmes:

La naissance : booba en parle très souvent : « le daron a craché dans un chargeur, écoute bien » « 9 mois dans un bunker on a coupé mon cordon ombilical avec une scie ». Autrement dit, la vie en tant que lutte, en tant que véritable guerre commence dès la grossesse? Cette idée le mènera à prononcer une de ces phrases les plus célèbres : « La vie, çà fait mal dès que çà commence, c’est pour çà qu’on pleure tous à la naissance ». Encore une fois l’image vient appuyer l’idée, avec brio c’est vrai. « Le nombril est la seule cicatrice qui mérite un nom » Encore une fois, naissance synonyme de souffrance, tout en insinuant que toute cette violence n’est pas désirable, et qu’elle ne mérite pas d’être nommée : La vie reste précieuse, on est loin du cliché où le rapper fait l’apologie de la violence gratuite. Booba montre enfin que le problème de la violence tire se racines dans l’enfance (« dérivé trop jeune, ma définition » « la cosanostra putin c’est grave comment on cause à notre âge ») et que c’est là qu’il faut commencer : couper le mal à sa source? remédier à cette « enfance insalubre ou les foetus ont des calibres ».

Ses valeurs :
On l’a dit booba veut de l’argent avant tout. Ce qu’il veut : « des lingots d’or et une pute à côté de moi quand je ronfle». « je suis bon qu’à pper-ra, à causer du tort au code pénal, civilisé » « j’ai jamais su quel était mon rôle dans la vie a part être riche avoir une piaule à Miami beach aimer sa mère et l’aimer avec un coeur éternel, Au bout des rêves » « je veux de l’oseil et peu importe si la daronne veut faire le tour du monde » Booba est décidément un curieux personnage, complètement matérialiste et superficiel d’un côté, et puis attaché à sa famille, à son neuf deux de l’autre. La dernière phrase est presque contradictoire avec les autres puisqu’il se dit capable de donner toute sa fortune à sa mère si elle le veut.
« Je veux la gloire sans la rançon » est une des phrases de Booba qui le traduit le mieux : la victoire, le succès dans la facilité. Pourtant il semble très exigent avec lui-même (« si j’atteint l’argent ou le bronze c’est que l’or m’aura échappé, numéro 10 » « A quoi sert d’être célèbre sans le mériter ? Au bout des rêves ». Booba, un homme de contradiction donc, entre briseur de tabou et tradition. Mais comme il le dit lui-même : « les vraies valeurs ne sont plus, ça ne fait pas le bonheur, çà ne fait pas le malheur non plus ». Tourné vers l’avant donc (« pas le temps pour les regrets, les erreurs n’appartiennent à nous même ») , les temps ne sont ni meilleurs ni moins bons, ils changent et puis c’est tout.

Le bien et le mal, la Religion
Booba est plein de contradiction, on l’a dit. Il est de même tiraillé entre le bien et le mal. On pourrait en écrire des bouquins entier sur le bien et le mal de booba, mais faute de temps et de place, je ne citerais que quelques rimes preuves de toute la complexité fascinante du personnage : « j’ai fait des choses biens, j’sais pas combien et c’est çà le blème » « fais ton chemin bien, que tu choisisses le mauvais ou le droit, avertisseur ». Il ne soutient pas la violence générale gratuite tout en la comprenant, la qualifiant presque d’inévitable, due au système et non aux individus : « Atmosphère de guerre du hall à la gare, mais vice versa je m’étonne pas de voir nos fils faire çà. Effort de paix »
Curieusement booba parle assez peu de religion, c’était plutôt le rôle d’ali dans lunatic. Booba contrairement à son compère ne se considère pas comme un bon croyant, ce qui est assez rare dans le monde du rap, où les pires canailles sont souvent persuadées que dieu est avec eux. « J’avoue, sur les prières j’étais radin, faut que je me rattrapes ? Faut que je défonce les portes du paradis ». Faudra bien aller au paradis quand même?
Booba se sait perdu entre le droit chemin et la tentation? Il est de ceux qui trouvent le message religieux un peu trop loin de la triste réalité et des valeurs actuelles : « Met moi le graal entre les mains je me sers un verre de sky ». Il a écrit une ligne très réussie, encore fondée sur l’image, qui exprime parfaitement cette position entre bien et mal : « j’ai un ange à chaque épaule, mais celui de gauche gueule sa mère? écouter le droit c’est ce que je suis sensé faire. Le silence n’est pas un oubli ». Pour booba, l’homme reste un homme très peu fiable : « c’est l’être humain qui m’attriste. Comment leur faire confiance ils ont tué le christ Boulbi» « Plus je connais les hommes plus j’aime mon chien Le silence n’est pas un oubli »

Sa différence
Booba est conscient et persuadé de sa différence en tant qu’homme et en tant qu’ Mc, ce qui justifierait toute son oeuvre : « je suis là pour ouvrir d’autres portes ? je demande un temps mort car on se fait niquer au score » Différent de par son milieu tout d’abord (« si je traîne en bas de chez toi je fais chuter le prix de l’immobilier » « Je suis différent premier qu’en sport en chant, délinquants on rentre à l’heure ou les oiseaux chantent. De mauvaise augure ».
Différent aussi des autres rappeurs, car il prône, de manière assez classique en fait, son originalité, sa crédibilité et sa probité : « je fais pas de ballades, pas de blabla » « criblé de balles mais crédible » « J’ai pas de pareil. Ceux qu’essaient me font marrer, je suis déjà arrivé ils ont pas démarré, Civilisé » « Moi je suis toujours le même 500 000 albums plus tard [çà c’est contestable NDLR] »

Vulgaire ?
« Ok je suis vulgaire les bourges en choppent des ulcères ». Sa vulgarité, c’est un fait, elle n’apporte pas toujours quelque chose, parfois elle est primordiale : Lorsque bouba se décide à parler d’un parcours d’un jeune comme lui, parcours long et pénible, seule la comparaison vulgaire peut faire ressentir toute la force du mot pénible. Le fait de dire « un parcours long et pénible comme une queue de négro » crée un choc brutal, une sorte de dégoût instantané dans la tête de l’auditeur, qui visualise tout de suite l’idée et la relie à la phrase d’avant : le parcours long et pénible. Ici la comparaison vulgaire donne toute sa force et tout son sens au thème.

La condition noire
Même si il n’est biologiquement qu’à moitié impliqué (« le résultat d’une blanche et d’un nègre ») booba se sent complètement concerné par la cause noire (« sale noir ma génération ». Le premier couplet de booba sur l’album mauvais ? il est à ce propos assez intéressant :
« Y’a bien longtemps on était rois
Aujourd’hui c’est niqué mais on va pas leur servir de proies
Combattre on sait faire que ça
Et on repartira avec leur argent, leur sang et leurs pes-sa
Au-dessus d’leurs lois, parce qu’on nous a toujours reniés,
Nous on y croit, les derniers seront les premiers
. »
C’est ici qu’il faut faire la différence entre racisme anti blanc et désir de revanche causé par une humiliation ancestrale, même si la quatrième ligne est assez ambigue. La fin semble bien montrer l’opinion de booba. Les noirs ont été reniés, et demandent une sorte de réparation, de compensation. « j’arrête pas de pleurer mon peuple, on a le blues des esclaves? j’ai la voie grave car j’ai été pendu » Les derniers seront les premiers. On peut remarquer que booba justifie souvent son rôle de hors la loi par sa couleur : « indigènes dans les gènes, dans les chromosomes » : Sa conduite est génétique, il ne peut rien y faire. Un peu facile, peut être.
Mais il rappelle avec ironie que la situation des noirs ne change que depuis très peu de temps : « Avant Michael Jackson et l’arrivée de la drogue je me souviens quand les négros n’étaient pas à la mode? Impossible de serrer une blonde même avec un défrisage. Je me souviens »

Ses relations avec les autres rappeurs et les policiers
Booba pour le coup s’inscrit dans la tradition classique du pauvre rappeur opprimé par une police pourrie et entouré de confrères qu’il faut écraser : les forces de l’ordre ne sont pas épargnés tout au long de sa discographie, même si, je pense, il faut comprendre cette haine du policier comme un refus d’autorité : « j’ai recraché mon poulet rôti? J’aime un flic quand son slip jaunit? c’est pour les fous qu’aiment écouter la police hurler ». Bouba vit dans « sa bulle », il y a ceux qui sont avec lui et ceux qui sont contre lui? C’est pour cela qu’on a l’impression qu’il se sent parfois à l’abri et donc libre de toute dérive : « hors de portée mort de rire quand j’écoute les menaces de mort des forces de l’ordre » Une sensation très courantes pour les personnes de sa génération : une sensation de sécurité et de liberté totale lorsqu’on est chez soi et avec ses amis. Les autres rappers sont régulièrement ridiculisés, féminisés (« laquelle de ces rappeurs ? » « je vais faire un manteau de fourrure avec les poils de ta chatte » « les negros ont des chattes et des eins-s » mais cela n’a ici rien d’original, c’est juste pour se mettre en avant au milieu des autres « fauves évadés de Vincennes »

Les femmes
Tradition oblige, la femme joue dans le monde de booba le rôle de pute. Les femmes dans les cités sont souvent stéréotypé6es, mais ce n’est pas booba qui les sortira de là : Il décrit ce qu’il voit, c’est-à-dire des « tass » : « J’aime bien les tass mais je veux pas dire à mes gosses que elle aiment les grosses voitures et les grosses queues ». C’est presque une insulte d’être une femme si l’on se réfère au nombre de fois où il féminise ses adversaires masculins.
Ce n’est pas vraiment du sexisme, il vous répondra sans doute qu’il ne respecte pas les filles qui ne se respectent pas elles mêmes : « si t’es sérieuse t’es ma meuf sinon t’es ma pute. Garde la pêche»

L’école
Pour booba, c’est la rue qui sert d’école, c’est le rap qui sert de cours de français, utilisé à sa manière : « Meurtrière est ma grammaire? J’ai un flingue dans le Bescherelle »
Le système de l’éducation nationale et les valeurs qu’il inculque est constamment remis en question chez booba, et pour une fois dans le hip hop, il y a de bons arguments : « A l’école ils voulaient m’enseigné que j’étais libre, vas te faire niquer toi et tes livres ? Je voulais savoir pourquoi l’Afrique vit malement, mais du CP à la Seconde on me parle que de la Joconde et des Allemands? A l’école je faisais des grimaces en tirant sur mon oinj car on m’avait appris que l’homme descend du singe » La réflexion sur l’enseignement est intéressante, encore une fois booba se pose en briseur de tabous, en défenseur de la cause noire. C’est discutable mais cela se défend. Même si l’école ne semble pas lui avoir apporté, il est intéressant de remarquer cette rime : « A l’école mon fils tu serais imbattable ». Conscient de son erreur ?

La nuance
On a trop souvent catalogué booba dans le rap caillera de base, et pourtant, malgré sa devise « pas de demi mesure » la nuance est bien là, présente dans tous ces textes, sur tous les domaines :
– l’argent « je laisserais tout en pourboire au corbillard »
– La criminalité « je suis pas dangereux j’ai ni cravate ni barbe » « 25cents de l’heure, il n’y a pas à dire, le crime çà paye, la lettre »
– la vie de rue « on dit que la vie des jeunes de la rue est triste mais ou est le drame ? » « La vie c’est dur mais on s’en remet? plus rien m’étonne jusqu’ici tout va bien »
– Sa vie : « si ma life c’est de la merde crois pas que la tienne elle est mieux » « j’aime cette vie car c’est la mienne, il n’y a pas de bonheur sans problèmes HLM3 »

La technique
On a beaucoup parlé du fond, il y aurait beaucoup à dire sur la forme aussi. On a vu l’importance de l’image, mais il y a une sorte de liste de techniques lyricales de booba dont on va donner quelques exemples :
– La reformulation moderne d’un proverbe : ?vouloir le beurre et l’argent du beurre? transformé en : « tu veux baiser sans sucer bouffone ? »
– L’association d’un proverbe ?gentil? et d’une image brutale proche de la réalité, qui met en valeur le pragmatisme et la perspicacité, voir l’humour de l’auteur : «l’appétit vient en mangeant ou en crevant la dalle? ce qui ne tue pas nous rend plus fort ou handicapé »
-l’association de deux allégories opposées : « la faucheuse a la carte vitale »
-l’association de deux proverbes ou phrases célèbres reliées par un mot ou un thème en commun : « c’est oeil pour oeil ici les aveugles sont rois »
Pour ce qui y est des allitérations et assonances, il n’y a qu’a écouter toute sa discographie pour se rendre compte de ses capacités.

La reconnaissance
On peut s’étonner du fait que booba parle si peu du manque de reconnaissance dont il a pu souffrir. En fait, booba a accepté le fait de ne pas pouvoir plaire à tout le monde dès ces débuts :
« Si tu kiffes pas renoi t’écoutes pas et puis c’est tout ». Presque fier d’être quasiment censuré en tant que rappeur incitant au racisme au sexisme (« mon rap s’est laissé poussé la barbe » « condamné pour rimes contre l’humanité ») , il continue, indifférent aux critiques, qu’elles soient ou non justifiées : « Moi je rêve, j’accomplis, même si je crève incompris ».
Et pour les rappeurs qui critiquent sa crédibilité ou le fait qu’il n’a pas forcément vécu ce qu’il raconte, sa réussite actuelle lui donne toujours le dernier mot : « si mon parcours n’a rien d’héroïque ma clique est sous contrat la tienne sous héroïne »

L’unité : Booba ne parle jamais de sa séparation avec Ali, son double dans Lunatic :Une curieuse relation les unissait pourtant « Booba et Ali, le flingue et son chargeur » ? Une relation de complémentarité donc, un pacte signé jusqu’à la mort : « Si tu en tues un tu sais bien qu’il en reste un ». Et pourtant le duo a explosé, parce que quoi qu’il en soit, « on est les plus divisés du monde ».

Meilleur que Molière, peut être pas, un des meilleurs rappeurs français de ces dernières années certainement, avec une certaine poésie en plus (« mon rap, un poème sans poésie ») ,
Booba reste un personnage complexe assez fascinant qui incarne totalement sa génération, porte parole d’une jeunesse usée, désabusée, attirée par l’appât du gain et anticonformiste à l’extrême, « têtes brûlées » en toute circonstance : Quel vers pourrait mieux résumer la situation que celui-ci : « Quand j’ai la clef, je m’en sers pour casser le carreau » ?

C’était juste un puzzle de mots et de pensées, que les haterz et les sceptiques reposent en paix?

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